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Le service le plus courant consistait toutefois à offrir aux joueurs une information détaillée sur les championnats, ce qui se traduisait par la publication de journaux présentant le classement et les rencontres, voire analysant les forces et les faiblesses des équipes. Les sociétés elles-mêmes proposaient leurs propres pronostics et surtout différentes formules permettant aux joueurs d’accroître leurs chances de gain avec une mise modeste. En effet, pour avoir la certitude mathématique de trouver les 12 bons résultats d’une grille donnée, il aurait fallu remplir 531 441 colonnes et donc, sur la base d’un franc belge par colonne, miser autant. On incitait donc les clients à recourir à des formules de mises appelées Tip-Top ou Combinaison, qui augmentaient leurs probabilités de gains en exploitant plus finement leurs connaissances sportives : ces grilles offraient en effet la possibilité de choisir, selon les matches, les pronostics simples – c’est-à-dire parier comme à l’ordinaire sur un unique résultat – et les pronostics multiples – c’est-à-dire parier simultanément sur deux, voire trois résultats différents –, ce qui s’appelait, dans le jargon des paris, panacher entre les bankers et les couvertures. Les sociétés faisaient valoir que de telles formules augmentaient considérablement les chances de gagner : elles assuraient, par exemple, qu’une mise de 96 francs belges garantissait au moins 9 matches gagnants sur 12, ce qui paraissait rendre beaucoup plus accessible la timbale des 12 bons résultats.

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Le service le plus courant consistait toutefois à offrir aux joueurs une information détaillée sur les championnats, ce qui se traduisait par la publication de journaux présentant le classement et les rencontres, voire analysant les forces et les faiblesses des équipes. Les sociétés elles-mêmes proposaient leurs propres pronostics et surtout différentes formules permettant aux joueurs d’accroître leurs chances de gain avec une mise modeste. En effet, pour avoir la certitude mathématique de trouver les 12 bons résultats d’une grille donnée, il aurait fallu remplir 531 441 colonnes et donc, sur la base d’un franc belge par colonne, miser autant. On incitait donc les clients à recourir à des formules de mises appelées Tip-Top ou Combinaison, qui augmentaient leurs probabilités de gains en exploitant plus finement leurs connaissances sportives : ces grilles offraient en effet la possibilité de choisir, selon les matches, les pronostics simples – c’est-à-dire parier comme à l’ordinaire sur un unique résultat – et les pronostics multiples – c’est-à-dire parier simultanément sur deux, voire trois résultats différents –, ce qui s’appelait, dans le jargon des paris, panacher entre les bankers et les couvertures. Les sociétés faisaient valoir que de telles formules augmentaient considérablement les chances de gagner : elles assuraient, par exemple, qu’une mise de 96 francs belges garantissait au moins 9 matches gagnants sur 12, ce qui paraissait rendre beaucoup plus accessible la timbale des 12 bons résultats.

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Pour relancer l’intérêt des joueurs, on introduisit aussi les pronostics par points : plutôt que de chercher à atteindre la perfection des 12 bons résultats, il s’agissait de récolter le plus de points possibles, sachant qu’un match nul bien pronostiqué rapportait trois points, une victoire à l’extérieur deux points, une victoire à domicile un point. 13 Les grands quotidiens francophones et néerlandophones, de même que les journaux sportifs, dont Les Sports ou SportWereld, proposaient aussi leurs pronostics et leurs formules, parfois dans une rubrique dédiée, dans l’espoir d’augmenter et de fidéliser leur lectorat. Mais la presse représentait surtout le principal vecteur de publicité pour les différentes sociétés de paris, dont le discours tournait autour de trois thèmes principaux : D’abord, les firmes rappelaient qu’une partie des recettes était reversée à des œuvres de bienfaisance, ce qui leur permettait d’affirmer que le pari sportif était aussi un geste caritatif. En témoigne de manière éloquente le slogan de Prior : « Un pronostic Prior = Une bonne action. Car son œuvre bénéficiaire est la Ligue nationale contre le cancer » [20]. Pour relancer l’intérêt des joueurs, on introduisit aussi les pronostics par points : plutôt que de chercher à atteindre la perfection des 12 bons résultats, il s’agissait de récolter le plus de points possibles, sachant qu’un match nul bien pronostiqué rapportait trois points, une victoire à l’extérieur deux points, une victoire à domicile un point.

Championnat Pays Niveau Popularité
Ligue 1 France National Très élevée
Premier League Angleterre National Élevée
Liga Espagne National Élevée
Serie A Italie National Élevée
Ligue des Champions Europe Continental Très élevée

13 Les grands quotidiens francophones et néerlandophones, de même que les journaux sportifs, dont Les Sports ou SportWereld, proposaient aussi leurs pronostics et leurs formules, parfois dans une rubrique dédiée, dans l’espoir d’augmenter et de fidéliser leur lectorat.

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À partir de 1931, ils perçurent une commission sur chaque bulletin vendu. Il s’agissait le plus souvent de libraires ou de cafetiers, qui ajoutaient cette activité à leur métier ordinaire, mais on trouvait aussi de véritables professionnels, dont la boutique se consacrait exclusivement à la collecte des paris. En 1938, on bet application paris sportif rugby en totalisait près de 5 000 dans la seule agglomération bruxelloise [29]. 17 L’émergence de ce marché original et dérégulé s’expliquait par l’absence d’intervention de l’État. Les paris mutuels sur les courses de chevaux ayant été autorisés [30], les gouvernements successifs ne pouvaient guère se permettre de mener une politique restrictive à l’égard des seuls paris sportifs dans le football.

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Plus important encore, ils ne pouvaient oublier l’intérêt fiscal représenté par ce secteur d’activité, puisque les mises collectées par les sociétés spécialisées supportaient une taxe de 4 %, à laquelle fut ajouté, en mars 1932, un additionnel – terme désignant, dans le vocabulaire fiscal belge, un prélèvement supplémentaire – fixé à 0,4 %. L’enjeu financier et politique des paris sportifs s’affirma avec une acuité particulière lorsque de graves difficultés budgétaires se firent jour : ayant été confrontée à une série de chocs monétaires et financiers au cours du second semestre 1937, la Belgique envisagea, en 1938, d’accroître la taxation sur les paris sportifs. La mesure était d’autant plus séduisante que, si jusqu’au milieu des années 1930, les sociétés de pronostics belges avaient connu des difficultés en raison de la crise et de la déflation, à partir de cette date, l’amélioration de la conjoncture et la dévaluation de la monnaie avaient très nettement réorienté leurs recettes à la hausse – la société du Tilleur en est une parfaite illustration (graphique 1). En 1938, on estimait à près de 100 millions de francs belges le montant des sommes misées sur les matches de football. Le premier gouvernement tripartite dirigé par le socialiste Paul-Henri Spaak proposa donc une nouvelle loi portant la taxe de 4,4 à 15 %. Mais la presse représentait surtout le principal vecteur de publicité pour les différentes sociétés de paris, dont le discours tournait autour de trois thèmes principaux : D’abord, les firmes rappelaient qu’une partie des recettes était reversée à des œuvres de bienfaisance, ce qui leur permettait d’affirmer que le pari sportif était aussi un geste caritatif. En témoigne de manière éloquente le slogan de Prior : « Un pronostic Prior = Une bonne action.

Car son œuvre bénéficiaire est la Ligue nationale contre le cancer » [20]. Ensuite, les firmes faisaient valoir leurs résultats : elles vantaient le montant des recettes brutes, soulignaient la part consacrée aux gains des vainqueurs et fournissaient des listes de gagnants en guise de preuve. La firme bruxelloise Sporta prétendait par exemple qu’elle distribuait 80 % des mises collectées. Il s’agissait ainsi d’asseoir la réputation de la firme, tout en valorisant ses succès commerciaux et donc sa capacité à verser des prix importants.

C’est dans ce domaine que le secteur connut ses plus grandes dérives, avec une tendance marquée au barnum, c’est-à-dire aux campagnes mensongères : on exagérait le montant des recettes enregistrées et des sommes distribuées ; on diffusait des listes fictives de gagnants ; on promettait des gains illusoires.

Stratégie Principe Mise type Avantage Risque
Pourcentage fixe Miser un % constant de sa bankroll 2% du capital Évite la ruine rapide Croissance lente
Unités fixes Miser un montant fixe par pari 5€ par pari Simplicité, contrôle Ne suit pas la valeur
Kelly Criterion % optimal basé sur la valeur estimée Variable Maximise la croissance Complexe, volatile
Flat Betting Mise identique quel que soit le pari 10€ Stabilité Ne capitalise pas sur les bons paris

Au reste, les bet top application paris sportif engagements non tenus pouvaient conduire les organisateurs de paris devant les tribunaux : ainsi, au cours de la saison 1937-1938, les recours en justice se multiplièrent, notamment à Anvers et Bruxelles.

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18 À la vérité, ce n’était pas la première fois qu’un gouvernement manifestait son intention de taxer plus lourdement les revenus générés par le ballon rond. Il faut dire que, dans le domaine des loisirs, le produit de la fiscalité avait beaucoup mieux résisté dans le secteur du football que dans les autres : malgré la crise de 1929, les taxes sur les spectacles sportifs – pour l’essentiel les rencontres de football – avaient continué de croître de façon continue – si l’on excepte un recul en 1931 –, tandis que celles sur les cinémas et les dancings avaient connu une chute ininterrompue, qui dura au moins jusqu’en 1933 [31]. Aussi, en 1937, un arrêté royal avait remis en cause une loi de 1920 qui permettait à l’Union belge de football, en tant qu’organisme reconnu d’utilité publique, de récupérer les deux tiers de la taxe qu’elle versait au fisc au titre des spectacles sportifs. Derrière cette décision, il fallait voir l’influence des socialistes Henri De Man et Joseph Wauters, qui, dans le gouvernement tripartite du libéral Paul-Émile Janson, occupaient respectivement les portefeuilles des finances et de la santé publique – ce dernier était alors le ministère de tutelle de l’URBSFA.

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Enfin, les entreprises soulignaient l’immense disproportion entre la faiblesse des mises et l’importance des prix, dans l’intention transparente de cibler les catégories modestes et populaires de la population belge.

Type de pari Description Exemple
Résultat final (1N2) Parier sur l'équipe gagnante ou le match nul Paris - Barcelone, cote Paris: 2.10
Double chance Parier sur deux des trois issues possibles 1X (victoire à domicile ou nul)
Score exact Prédire le score final exact du match 2-1, cote: 8.50
Over/Under (Buts) Parier sur le nombre total de buts Over 2.5 buts
Les deux équipes marquent Prédire si les deux équipes vont marquer Oui (GG) ou Non (NG)

Ainsi La Gazette d’Anvers se proclama-t-elle « le roi du pronostic populaire », en insistant sur sa politique tarifaire particulièrement avantageuse : 5 colonnes – au lieu d’une – pour 1 franc belge ; 32 colonnes pour 5 ; 72 colonnes pour 10 [21]. Quant à la firme écossaise W.S. Murphy, elle baptisa l’un de ses jeux L’Argent pour rien. 15 Qui dit marché des paris sportifs, dit en effet consommateurs de paris sportifs. En Grande-Bretagne comme en Suède, si les classes populaires étaient les premières concernées par le phénomène, toutes les couches de la société fournissaient néanmoins des parieurs.

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En Grande-Bretagne comme en Suède, si les classes populaires étaient les premières concernées par le phénomène, toutes les couches de la société fournissaient néanmoins des parieurs. De même que, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer de prime abord, on trouvait une minorité irréductible de femmes parmi les adeptes [22]. Pour la Belgique, on ne dispose malheureusement pas d’étude sociologique des parieurs, mais plusieurs indicateurs nous permettent de dégager des tendances similaires aux deux pays considérés, à la fois sur le plan social et sur le plan du genre. Ainsi, en 1925, les dirigeants de l’Union belge de football rappelèrent à des responsables politiques que les championnats, et donc les matches de football qui faisaient l’objet des pronostics, étaient surtout suivis par les classes ouvrières [23]. Les listes de vainqueurs et les reportages consacrés aux gagnants fournissent également des éléments concordants : les quatre premiers concours organisés par la Ligue contre le cancer en 1936 récompensèrent 407 gagnants, dont 24 femmes, soit environ 6 % [24], et parmi les lauréats on remarque la présence d’un instituteur et d’un chef de service [25] ; quant au concours du 28 janvier 1939 organisé par la firme d’Édimbourg, W.S.

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Murphy, il comptait 3 femmes parmi ses 11 bet paris sportif bonus depot vainqueurs [26]. Les sources parlementaires multiplient aussi les références aux origines sociales des pronostiqueurs : ainsi, en 1938, le député catholique Marcel Philippart rappela, lors d’un débat portant sur l’augmentation des taxes sur les paris sportifs, que les sociétés de pronostics drainaient « l’argent [dans] toutes les classes de la société, mais principalement dans la classe ouvrière et la petite bourgeoisie » et il ajouta que cela concernait « l’un et l’autre sexe » [27]. Enfin et surtout, une étude de 1951 du Centre belge pour l’étude de l’opinion publique et des marchés démontra que les ouvriers et les commerçants avaient une meilleure opinion des paris sur les matches de football que les employés et les professions libérales [28]. À l’occasion, ces consommateurs s’organisaient en clubs pour mutualiser leurs mises, et même en syndicat pour défendre leurs intérêts : une Union belge des amateurs de concours vit le jour, vraisemblablement en 1937, appuyé de son organe officiel, Le Vainqueur/De Winnaar, qui concurrençait les autres journaux et publications spécialisées. 16 Par ailleurs, il ne faut pas oublier, parmi les acteurs du marché des paris sportifs, de faire un sort aux dépositaires, qui étaient les intermédiaires indispensables entre les sociétés de paris et les joueurs. De même que, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer de prime abord, on trouvait une minorité irréductible de femmes parmi les adeptes [22]. Pour la Belgique, on ne dispose malheureusement pas d’étude sociologique des parieurs, mais plusieurs indicateurs nous permettent de dégager des tendances similaires aux deux pays considérés, à la fois sur le plan social et sur le plan du genre. Ainsi, en 1925, les dirigeants de l’Union belge de football rappelèrent à des responsables politiques que les championnats, et donc les matches de football qui faisaient l’objet des pronostics, étaient surtout suivis par les classes ouvrières [23].

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Les listes de vainqueurs et les reportages consacrés aux gagnants fournissent également des éléments concordants : les quatre premiers concours organisés par la Ligue contre le cancer en 1936 récompensèrent 407 gagnants, dont 24 femmes, soit environ 6 % [24], et parmi les lauréats on remarque la présence d’un instituteur et d’un chef de service [25] ; quant au concours du 28 janvier 1939 organisé par la firme d’Édimbourg, W.S.

Comment choisir parmi les différentes applications de paris sportifs ?

Ensuite, les firmes faisaient valoir leurs résultats : elles vantaient le montant des recettes brutes, soulignaient la part consacrée aux gains des vainqueurs et fournissaient des listes de gagnants en guise de preuve. La firme bruxelloise Sporta prétendait par exemple qu’elle distribuait 80 % des mises collectées. Il s’agissait ainsi d’asseoir la réputation de la firme, tout en valorisant ses succès commerciaux et donc sa capacité à verser des prix importants. C’est dans ce domaine que le secteur connut ses plus grandes dérives, avec une tendance marquée au barnum, c’est-à-dire aux campagnes mensongères : on exagérait le montant des recettes enregistrées et des sommes distribuées ; on diffusait des listes fictives de gagnants ; on promettait des gains illusoires. Au reste, les bet top application paris sportif engagements non tenus pouvaient conduire les organisateurs de paris devant les tribunaux : ainsi, au cours de la saison 1937-1938, les recours en justice se multiplièrent, notamment à Anvers et Bruxelles.

Comprendre la notion de value bet

Enfin, les entreprises soulignaient l’immense disproportion entre la faiblesse des mises et l’importance des prix, dans l’intention transparente de cibler les catégories modestes et populaires de la population belge. Ainsi La Gazette d’Anvers se proclama-t-elle « le roi du pronostic populaire », en insistant sur sa politique tarifaire particulièrement avantageuse : 5 colonnes – au lieu d’une – pour 1 franc belge ; 32 colonnes pour 5 ; 72 colonnes pour 10 [21]. Quant à la firme écossaise W.S. Murphy, elle baptisa l’un de ses jeux L’Argent pour rien. 15 Qui dit marché des paris sportifs, dit en effet consommateurs de paris sportifs. Murphy, il comptait 3 femmes parmi ses 11 bet paris sportif bonus depot vainqueurs [26]. Les sources parlementaires multiplient aussi les références aux origines sociales des pronostiqueurs : ainsi, en 1938, le député catholique Marcel Philippart rappela, lors d’un débat portant sur l’augmentation des taxes sur les paris sportifs, que les sociétés de pronostics drainaient « l’argent [dans] toutes les classes de la société, mais principalement dans la classe ouvrière et la petite bourgeoisie » et il ajouta que cela concernait « l’un et l’autre sexe » [27]. Enfin et surtout, une étude de 1951 du Centre belge pour l’étude de l’opinion publique et des marchés démontra que les ouvriers et les commerçants avaient une meilleure opinion des paris sur les matches de football que les employés et les professions libérales [28]. À l’occasion, ces consommateurs s’organisaient en clubs pour mutualiser leurs mises, et même en syndicat pour défendre leurs intérêts : une Union belge des amateurs de concours vit le jour, vraisemblablement en 1937, appuyé de son organe officiel, Le Vainqueur/De Winnaar, qui concurrençait les autres journaux et publications spécialisées. 16 Par ailleurs, il ne faut pas oublier, parmi les acteurs du marché des paris sportifs, de faire un sort aux dépositaires, qui étaient les intermédiaires indispensables entre les sociétés de paris et les joueurs. À partir de 1931, ils perçurent une commission sur chaque bulletin vendu. Il s’agissait le plus souvent de libraires ou de cafetiers, qui ajoutaient cette activité à leur métier ordinaire, mais on trouvait aussi de véritables professionnels, dont la boutique se consacrait exclusivement à la collecte des paris. En 1938, on bet application paris sportif rugby en totalisait près de 5 000 dans la seule agglomération bruxelloise [29]. 17 L’émergence de ce marché original et dérégulé s’expliquait par l’absence d’intervention de l’État. Les paris mutuels sur les courses de chevaux ayant été autorisés [30], les gouvernements successifs ne pouvaient guère se permettre de mener une politique restrictive à l’égard des seuls paris sportifs dans le football. Plus important encore, ils ne pouvaient oublier l’intérêt fiscal représenté par ce secteur d’activité, puisque les mises collectées par les sociétés spécialisées supportaient une taxe de 4 %, à laquelle fut ajouté, en mars 1932, un additionnel – terme désignant, dans le vocabulaire fiscal belge, un prélèvement supplémentaire – fixé à 0,4 %.

L’enjeu financier et politique des paris sportifs s’affirma avec une acuité particulière lorsque de graves difficultés budgétaires se firent jour : ayant été confrontée à une série de chocs monétaires et financiers au cours du second semestre 1937, la Belgique envisagea, en 1938, d’accroître la taxation sur les paris sportifs. La mesure était d’autant plus séduisante que, si jusqu’au milieu des années 1930, les sociétés de pronostics belges avaient connu des difficultés en raison de la crise et de la déflation, à partir de cette date, l’amélioration de la conjoncture et la dévaluation de la monnaie avaient très nettement réorienté leurs recettes à la hausse – la société du Tilleur en est une parfaite illustration (graphique 1). En 1938, on estimait à près de 100 millions de francs belges le montant des sommes misées sur les matches de football. Le premier gouvernement tripartite dirigé par le socialiste Paul-Henri Spaak proposa donc une nouvelle loi portant la taxe de 4,4 à 15 %. 18 À la vérité, ce n’était pas la première fois qu’un gouvernement manifestait son intention de taxer plus lourdement les revenus générés par le ballon rond. Il faut dire que, dans le domaine des loisirs, le produit de la fiscalité avait beaucoup mieux résisté dans le secteur du football que dans les autres : malgré la crise de 1929, les taxes sur les spectacles sportifs – pour l’essentiel les rencontres de football – avaient continué de croître de façon continue – si l’on excepte un recul en 1931 –, tandis que celles sur les cinémas et les dancings avaient connu une chute ininterrompue, qui dura au moins jusqu’en 1933 [31]. Aussi, en 1937, un arrêté royal avait remis en cause une loi de 1920 qui permettait à l’Union belge de football, en tant qu’organisme reconnu d’utilité publique, de récupérer les deux tiers de la taxe qu’elle versait au fisc au titre des spectacles sportifs. Derrière cette décision, il fallait voir l’influence des socialistes Henri De Man et Joseph Wauters, qui, dans le gouvernement tripartite du libéral Paul-Émile Janson, occupaient respectivement les portefeuilles des finances et de la santé publique – ce dernier était alors le ministère de tutelle de l’URBSFA.